Artémis II entre vraiment dans le dur la nuit prochaine, avec une manœuvre qu’aucun être humain n’a réalisé depuis un demi-siècle : l’injection trans-lunaire. Une opération moins complexe qu’il n’y paraît mais vertigineuse.
Le grand public s’y était habitué dans les années 1960 et 70 mais, plus aucun humain n’ayant quitté l’orbite terrestre depuis les missions Apollo, cette manœuvre, que vont réaliser les 4 astronautes de la mission Artémis II la nuit prochaine, à 1h44, heure de Paris, est extrêmement attendue. Après deux orbites complètes autour de la Terre, la capsule Orion doit réaliser une poussée moteur d’environ 6 minutes – d’où son surnom de « Big burn » – pour gagner suffisamment de vitesse, quitter l’orbite terrestre basse et filer vers la Lune.
Demi-tour impossible
L’opération n’est pas compliquée d’un point de vue mécanique mais doit être réalisée au « périgée » – le point de l’orbite où le vaisseau est le plus proche de la Terre, et donc celui où il va le plus vite – et avec une précision extrême : elle marque un premier point de non-retour opérationnel dans la mission.
Cette manœuvre doit en effet mettre les Américains Victor Glover, Christina Koch, Reid Wiseman et le Canadien Jeremy Hansen sur une trajectoire vers la Lune… mais conçue d’emblée pour revenir naturellement vers la Terre. Le vaisseau Orion n’a en effet pas pour vocation de se placer en orbite autour de la Lune, il va passer beaucoup plus loin, allant jusqu’à 40 000 km au-delà de celle-ci, et décrire une grande boucle avant de revenir vers la Terre. Et tout ça sans rallumer le moteur : c’est la force de gravité de la Lune qui va dévier sa trajectoire, le faire contourner notre satellite, puis le renvoyer vers la Terre.

Quelques petits boosts de corrections sont évidemment prévus dans la mission mais rien qui puisse permettre de faire un réel demi-tour. Quoi qu’il arrive, donc, une fois l’injection trans-lunaire réalisée, il faudra aller jusqu’à la Lune pour revenir sur Terre.
Une ou deux chances, mais pas trois
Si pour une raison ou pour une autre, le vaisseau n’est pas prêt la nuit prochaine, les astronautes peuvent attendre une nouvelle orbite terrestre avant de retenter l’opération quelques heures plus tard, mais la fenêtre du rendez-vous lunaire n’est pas beaucoup plus extensible que ça.
La géométrie Terre-Lune évolue en permanence, et envoyer un vaisseau vers la Lune n’est pas aussi simple que d’envoyer un objet d’un point A à un point B. Car le point A et le point B ne cessent de bouger pendant le voyage ! L’injection trans-lunaire de cette nuit ne mettra d’ailleurs pas littéralement les astronautes sur la route de la Lune mais sur une trajectoire qui croisera celle de la Lune au bon moment ! En somme, Artemis va « intercepter » la Lune.